un Ouïghour menotté à son lit parvient à filmer et à témoigner sur la vie dans un centre de rééducation

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Halmurat Harri Uyghur, chercheur basé en Finlande et créateur du hashtag #MeTooUyghur, analyse les images transmises par Merdan Ghappar:

La question que je me pose est “Comment a-t-il obtenu ce téléphone?” Je ne conteste pas l’authenticité de cette affaire, mais à partir du moment où il a été emprisonné dans ce centre de détention en janvier, il y est resté pendant au moins 30 jours à deux mois. Comment pouvait-il cacher son téléphone et le recharger? Je ne sais pas. Peut-être que quelqu’un qui travaille pour les autorités chinoises a voulu montrer ce que vivent ces gens et lui a donné son téléphone. Si tel est le cas, cela signifierait que le régime alimentaire devient plus sévère.

Il a été menotté à son lit, avec un haut-parleur lui disant que nous, Ouïghours, n’avons jamais été indépendants et que cette région fait partie de la Chine. C’est comme remonter le temps, pendant la grande révolution culturelle [période entre 1966 et 1976 en Chine pendant laquelle le Parti communiste chinois a notamment purgé de ses rangs les éléments révisionnistes, NDLR]. Ce centre de détention devrait être un lieu où ils prennent soin de la santé des gens, pas un outil politique. C’est effrayant.

Les autorités chinoises continuent de nier les abus contre la communauté ouïghoure et d’autres minorités comme les Huis. Selon eux, ces camps sont en réalité des programmes de rééducation volontaire contre l’extrémisme. Cependant, des rapports indépendants suggèrent qu’au cours des trois dernières années, les autorités chinoises ont envoyé au moins 1,8 million de personnes dans des prisons ou des camps d’internement au Xinjiang.

“C’est un jeune homme qui n’était pas trop religieux”

En août 2018, Merdan Ghappar avait déjà été arrêté pour avoir prétendument vendu du cannabis, il avait été condamné à 16 mois de prison. Selon ses amis, les accusations portées contre lui étaient fausses. Il a finalement été libéré de prison en novembre 2019.

Merdan Ghappar était cependant plutôt perçu comme intégré à la société chinoise: il était devenu un modèle pour la marque de vêtements en ligne Taobao début 2020. Mais, depuis sa disparition, la marque a supprimé toutes les photos où il apparaissait sur son site, et recherche ce dernier sur Baidu, un moteur de recherche chinois, n’a donné aucun résultat selon Radio Free Asia.

Halmurat Harri Uyghur explique:

Je voulais chercher d’autres photos et vidéos de lui qui avaient déjà été publiées sur les réseaux sociaux. Mais je n’ai rien trouvé après la publication de l’article de la BBC. J’aurais dû en prendre des captures d’écran. Il est clair que ce jeune homme est plongé dans la culture majoritaire Han en Chine, et il parle très bien le mandarin. Il vit dans la province du Guangdong, l’une des plus développées de Chine. Il n’est pas trop religieux, selon ses parents.

Je ne pense pas qu’il ait besoin d’une formation professionnelle pour travailler dans une entreprise. Malgré cela, les autorités chinoises ont décidé de le maintenir en détention et de l’envoyer dans ce camp de concentration avant de constater qu’il avait de la fièvre.

La famille de Merdan Ghappar a déclaré ne plus avoir eu de nouvelles de lui depuis les derniers messages reçus en mars.

Article rédigé par Sophie Stuber.





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