Un «Ségur de la santé» pour repenser l’hôpital français post-Covid

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Le ministère de la Santé convoque, lundi, des représentants du personnel hospitalier, des maisons de repos et de la médecine urbaine. Les attentes sont grandes pour cette concertation qui vise à assainir le système de santé français, déjà fragilisé avant cette crise sanitaire sans précédent.

“Nous irons vite, nous irons fort”, a déclaré mercredi le ministre de la Santé Olivier Véran lors de la présentation du “Ségur de la santé”, du nom de l’avenue sur laquelle se situe le ministère à Paris. Moins d’une semaine plus tard, le gouvernement s’apprête à lancer, lundi 25 mai, une consultation très attendue par le personnel soignant, destinée à tracer la nouvelle feuille de route de l’hôpital de demain.

La crise de Covid-19 a mis en évidence les faiblesses du système de santé français, notamment dans les conditions de travail des soignants et la capacité d’accueil des patients. Le président Emmanuel Macron a promis fin mars “un plan massif d’investissement et de mise à niveau”. Lundi, quelque 300 membres de syndicats et de collectifs de soins de santé se réuniront par vidéoconférence.

Pour cela, le gouvernement a mis un allié pour canaliser ces négociations. Nicole Notat, ancien chef du syndicat CFDT et soutien d’Emmanuel Macron lors de l’élection présidentielle, a été chargée de coordonner les discussions.

“Ce choix est un signal négatif”, a réagi sur Twitter le médecin Jérôme Marty, président du Syndicat de l’Union française pour une médecine gratuite (UFML), qui rappelle le soutien apporté par Nicole Notat au plan Juppé en 1995. Celui-ci ce axé sur la réforme de la protection sociale. Les critiques disent qu’il a porté un coup sévère au budget de l’hôpital. Très controversé, il avait déclenché un mouvement de contestation sociale inédit depuis 1968.

Pression supplémentaire pour le gouvernement qui doit répondre à plusieurs demandes du secteur médical et de la santé. La plupart sont bien avant la crise sanitaire de 2020.

Les primes annoncées par le gouvernement destinées aux soignants ont été jugées insuffisantes. Olivier Véran a répondu favorablement à une augmentation de salaire le 17 mai dans une interview au Journal du Dimanche. Emmanuel Macron avait quant à lui promis de «mettre fin» à «l’appauvrissement» du personnel soignant.

A titre indicatif, la rémunération d’une infirmière en début de carrière est d’environ 1 500 euros nets par mois. Il figure parmi les plus bas des pays de l’OCDE, se classant 28e sur 32. Dans une enquête réalisée pour le compte de la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP), 55% des Français sont favorables à une augmentation de la rémunération des professionnels de santé.

Côté gouvernement, Olivier Véran dit vouloir augmenter les salaires dans les hôpitaux et les maisons de retraite au “niveau de rémunération correspondant au moins à la moyenne européenne”. Les syndicats craignent que la mesure ne s’applique qu’aux infirmières.

Dans une interview au Journal du Dimanche, Frédéric Valletoux, le président de la Fédération hospitalière de France (FHF), a également demandé de “réduire les écarts de rémunération entre public et privé, qui fragilisent les hôpitaux”.

Le gouvernement veut mettre l’organisation du temps de travail sur la table et dit vouloir remettre en cause les “entraves qui empêchent ceux qui souhaitent travailler davantage”. Une réclamation de la FHF.

Les syndicats refusent cependant de toucher à la semaine de 35 heures, instituée en 2002. Ils expliquent qu’en réalité les vacances sont plus longues et que le manque de personnel empêche déjà de nombreux salariés de bénéficier de la réduction du temps de travail (RTT). Selon le syndicat des infirmières (SNPI), relayé par France Soir, les hôpitaux d’Ile-de-France (APHP) doivent à eux seuls un million de RTT à leurs salariés.

“C’est un travail difficile, avec un fardeau psychologique et physique, car nous aidons les gens. Il faut vraiment intégrer tout ce qui fait le métier à l’hôpital”, a insisté sur le micro de RFI le secrétaire général du syndicat Force Ouvrière, Yves Veyrier .

  • L’hôpital, “premier désert médical”

Frédéric Valletoux rappelle que 30% des postes dans les hôpitaux français sont vacants. “Le premier désert médical en France est l’hôpital”, dénonce-t-il. L’exécutif vise à «valoriser toutes les carrières et développer de nouveaux parcours professionnels» afin de rendre l’hôpital public plus attractif.

Pour Thierry Amouroux, porte-parole du SNPI: “30% des nouvelles infirmières diplômées quittent la profession d’ici cinq ans”. Les syndicats soulignent les conditions de travail mais aussi une gestion inadéquate des ressources humaines.

Cette pénurie entraîne des fermetures de lits. Elle nécessite également l’embauche de travailleurs temporaires, dont la rémunération est supérieure aux échelles salariales.

Le manque de personnel et la saturation d’activité semblent être le principal défi du système de santé en France. Une crise qui a atteint son apogée lors de la crise épidémique de 2020. En décembre dernier, France 24 a donné la parole à un urgentiste démissionnaire. Il a expliqué qu’il ne voulait plus «marcher sur un fil, sans filet de sécurité».

  • Financement hospitalier

Aujourd’hui, les hôpitaux sont endettés de près de 30 milliards d’euros. Avant la crise, le gouvernement avait annoncé le recouvrement d’un tiers de ce montant dans sa loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2020. Le 20 mai, Olivier Véran a évoqué “un effort de 13 milliards d’euros”.

Concernant le “plan d’investissement massif” évoqué par le président, le montant de l’enveloppe destinée à l’hôpital et à l’Ehpad n’a pas été précisé. En mars, Cécile Vigneau, responsable de la néphrologie au CHU de Rennes, a réagi à l’annonce d’Emmanuel Macron sur France 3, affirmant que “l’enveloppe ONDAM [objectif national de dépense maladie, NDLR] est de 2,3% cette année. Alors que les dépenses prévues étaient de 4%. Nous demandons son réajustement. “Elle et 51 chefs de service de son hôpital avaient démissionné en signe de protestation avant la crise de Covid-19.

Une autre réforme possible est celle de la tarification des activités (T2A). Cette méthode de financement des établissements de santé, introduite en 2003, est largement critiquée. Il consiste à classer les actes médicaux selon des codes, chaque code ayant un tarif spécifique, que la Sécurité sociale rembourse ultérieurement. Ses détracteurs considèrent le T2A dangereux car il inciterait les établissements à multiplier les actes ou à choisir le plus cher pour augmenter son financement. Certains considèrent également qu’il monétise les soins et les place dans une «course à la rentabilité».

Un groupe de 66 parlementaires, dont certains anciens LREM, ont voté pour une mesure qui réduirait «la part de la rémunération à l’acte dans le budget de l’hôpital», dans un manifeste intitulé «Le Jour après» et publié le 13 mai.

Olivier Véran a déclaré vouloir inclure les conclusions du «Ségur de la santé» dans le prochain budget de la sécurité sociale en septembre. Un calendrier qui pose déjà problème aux organisations syndicales. “Si tout doit être achevé d’ici le 15 juillet, la marge de manœuvre sera très limitée pour les négociations”, regrette un responsable syndical.

Une manifestation nationale est prévue le 16 juin. “Nous garderons le cap de nos revendications”, a indiqué le collectif Inter-urgences dans son appel sur Twitter.

Avec le «Ségur de la santé», «la question se pose de savoir s’il faut continuer ou non. Nous avons finalement décidé de garder un jalon dans le cas où les négociations salariales que Véran devait ouvrir s’achèveraient», Hugo Huon, co-fondateur du collectif, a expliqué Libération.





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