un test de salive plus rapide en “phase de validation finale”

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Alors que la France a fait du dépistage une pièce maîtresse de son déconfinement, le nouveau test salivaire, plus pratique et moins cher, devrait être validé dans les prochains jours. Eléments d’analyse avec Franck Molina, directeur de recherche au CNRS en charge du projet EasyCov.

Testez systématiquement tous les cas symptomatiques et leur environnement en un temps record. Comme le déconfinement approche à grands pas, un test de salive prometteur est en phase de validation.

Ce test permettrait de détecter la présence du virus, sans recourir à des laboratoires. Le gouvernement, qui a annoncé jeudi 7 mai qu’il souhaitait effectuer jusqu’à 700 000 tests par semaine, compte sur ce système. Il pourrait être généralisé à moindre coût et compenser les pénuries d’équipements, controversées en France. France 24 a rencontré Franck Molina, directeur de recherche au CNRS en charge du projet EasyCov.

France 24: Quels sont les avantages du test de salive?

Franck Molina: Il s’agit d’un test sur le terrain pour détecter la présence du virus, qui peut être effectué par le patient lui-même et donne un résultat visible à l’œil nu en 30 minutes. Il est plus pratique et moins désagréable que ce que l’on appelle le test PCR conventionnel, qui est un échantillon pharyngé profond. L’avantage est qu’il ne nécessite pas d’analyse en laboratoire et très peu de réactifs. Il est estimé à dix fois moins cher que le test PCR conventionnel, sans parler du coût de ce dernier en termes d’infrastructure et de personnel.

Nous visons une fiabilité au moins équivalente, soit 70% sur les personnes symptomatiques, et espérons pouvoir détecter un maximum de patients asymptomatiques, ce qui est plus compliqué car leur charge virologique est parfois plus faible.

Où en sommes-nous dans le processus de validation?

Nous sommes en phase finale de validation, c’est une question de jours. Nous opérons en double aveugle avec le CHU de Montpellier, chacun fait ses analyses pour ensuite croiser les résultats.

Nous sommes un peu en retard, environ une semaine et demie, car il y a peu de patients à Montpellier; il devient difficile de prélever suffisamment d’échantillons et les échantillons de salive sont difficiles à transporter depuis les zones les plus touchées. Le déconfinement risque de provoquer une légère augmentation des cas, ce qui nous permettrait de terminer. Nous prévoyons également d’étendre nos tests aux hôpitaux environnants si nécessaire. Ce retard est également dû à des problèmes logistiques liés à la crise d’obtention des réactifs.

Cependant, une fois validée, l’industrialisation de la fabrication devrait être très rapide. Nous voulons commencer avec une production de 800 000 pour atteindre un million de tests par semaine fin mai. Il devra être pratiqué sous contrôle médical dans un premier temps car, même si nous l’avons conçu comme un auto-test qui peut être disponible en pharmacie, les dangers de l’auto-usage doivent être évalués et c’est un processus rigoureux qui prend du temps .

Quelle place ce test doit-il prendre dans le système de déconfinement?

La stratégie de l’État repose sur de grandes plates-formes qui produisent massivement des tests PCR traditionnels. Notre objectif est d’ajouter plus d’agilité au système. Il existe de nombreux domaines où les contacts sont difficiles à éviter et où il est essentiel de tester facilement et rapidement. C’est le cas dans le sport, mais aussi dans les prisons et les maisons de repos.

Plusieurs professions sont également concernées, comme les dentistes, particulièrement à risque d’être contaminés par leurs patients, qui doivent pouvoir être testés efficacement sans nuire à l’activité des cabinets. Le test salivaire est un processus d’accompagnement de la réponse sanitaire, adapté à la fois à des cas spécifiques et très nombreux.

Avec la crise de Covid-19, la France est confrontée à des pénuries importantes qu’elle peine encore à surmonter. Quelles leçons faut-il en tirer à ce stade?

En termes de tests, le problème d’approvisionnement provient principalement des réactifs. Avec la pandémie internationale, tous les pays ont voulu acheter le même type de produit, mais ce n’est pas un appareil médical de masse et la demande a largement dépassé la capacité de production. Certains s’en sortent mieux que d’autres car ils peuvent compter sur la production locale, mais la pénurie affecte tout le monde.

Aujourd’hui, nous nous rendons compte qu’il est essentiel d’être indépendant en matière de santé et pas seulement dans les domaines de l’alimentation et de l’énergie. Nous devons sécuriser notre secteur de production de réactifs tout en conservant notre capacité d’innovation. Cette crise nous invite à être humbles car si des enseignements peuvent être tirés à ce stade, beaucoup d’incertitudes demeurent, quant au virus et la déconfinement promet d’être un processus extrêmement compliqué.



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