une abstention sans précédent, chronique d’une désillusion annoncée

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Un Covid-19 toujours présent, une non-campagne, un rejet des institutions … Plus de trois mois après le premier tour des élections municipales, le deuxième tour a été marqué par une très forte abstention dimanche, avec plus de six électeurs sur dix qui fuyaient les urnes. Un désaveu prévisible.

Derrière la vague verte, une nouvelle vague a frappé la France: l’abstention. Une grande majorité des 16,5 millions d’électeurs appelés à voter dans 4 820 communes a évité les isoloirs, dimanche 28 juin, lors du second tour des élections municipales. Selon les instituts de sondage, il a atteint un niveau historique, entre 59% et 60%, soit environ 12 points de plus que pour le deuxième tour de 2014.

“L’abstention est l’événement majeur de cette soirée”, résumait après l’élection Chloé Morin, consultante Ifop, sur France 24. Elle a atteint des records dans des villes comme Nantes (71,42%), Rennes (68,32%) ou Lille (60%), remporté par le Parti socialiste. A Lyon, où EELV a pris la ville à droite, elle est estimée à 62%.


Municipal 2020: Très forte abstention: “C’est le fait majeur de cette soirée”

“Le fil de l’élection est rompu”

Pour expliquer ce désastre civique, les observateurs pointent la pandémie de Covid-19, qui avait déjà affecté la mobilisation des électeurs lors du premier tour (55,4%). “Le contexte de la crise sanitaire n’est toujours pas flou pour les électeurs”, a déclaré Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof sur FranceInfo, pour qui “la peur d’être contaminé dans les bureaux de vote”, malgré les mesures sanitaires adoptées, était “l’un des principaux obstacles”. à la participation “.

Pour beaucoup, le premier tour, maintenu en mars, a été vécu “comme une sorte de traumatisme”, rappelle Chloé Morin. Selon un sondage Sopra Steria pour FranceTV, Radio France, LCP et Public Sénat sur les motivations des électeurs, 43% des personnes interrogées ont cité le risque d’attraper Covid-19 comme principale raison de leur abstention.

Entre les deux tours, trois mois se sont écoulés, affectant d’autant plus l’intérêt des Français pour cette élection. “Le fil de l’élection est rompu”, poursuit le consultant Ifop. Les observateurs y voient un désaveu pour les maires, alors que c’est la fonction politique qui reste la plus appréciée des Français, selon les sondages d’opinion.

Pas de campagne, pas de réunion

Pour des raisons de santé, le second tour des élections municipales a également été marqué par une campagne extraordinaire, la plus longue en Ve République. Les militants et les candidats n’ont pas pu faire campagne sur les marchés, tenir des réunions ou faire du porte-à-porte, détails sur France 24 Pierre Jacquemain, rédacteur en chef de la revue Regards. Sinon, des campagnes numériques ont été organisées, mais “il ne s’est pas suffisamment mobilisé”, poursuit-il. Y compris les médias.

D’autre part, l’abstention nationale, qui n’est pas un record sous le Ve République – plus de 69,8% lors du référendum de 2000 sur le quinquennat du mandat présidentiel – ne doit pas nous faire oublier que dans certaines villes très disputées, la population s’est fortement mobilisée. La participation a été notable dans plusieurs villes, dont Perpignan (52,8%), Nancy (57,9%, contre 62,9% au premier tour) ou Bastia (35,9%).

Mais derrière cette poussée abstentionniste en France se cache également une saturation politique. “A l’exception des Européens en mai 2019 où l’on avait assisté à une reprise de la participation, on voit progressivement enregistrer une forme de démocratie d’abstention en France”, élection après élection, prévient Bruno Cautrès. “L’élection présidentielle est toujours motivante, mais les autres élections peinent à trouver la motivation des électeurs”, a-t-il ajouté.

Dans le sondage Sopra Steria, 38% des personnes interrogées déclarent ne pas avoir voté car elles pensent que les élections ne changeront pas leur quotidien, 27% parce qu’elles n’aiment aucune liste ni candidat.

“Pas de très bonnes nouvelles”

Emmanuel Macron a exprimé sa “préoccupation”, selon l’Élysée, qui considère que ce chiffre n’est “pas une très bonne nouvelle”. “Encore une fois, c’est la France de l’abstention qui prévaut”, a regretté pour sa part le président du Sénat, Gérard Larcher (LR), affirmant que “la méfiance s’installe”.

Jean-Luc Mélenchon, le chef des Insoumis, s’inquiétait “d’une grève civique”, “d’une forme d’insurrection froide contre toutes les institutions du pays”. L’abstention “est une forme de” clairance “” désormais retournée “contre les règles du jeu auxquelles le peuple ne consent plus”, a-t-il dit.

Pour l’instant, ce sont les grands perdants de cette élection, La République en Marche et La France Insoumise, qui ont voulu noter cette abstention particulièrement élevée. “Une façon de minimiser leur défaite”, explique Chloé Morin. Il reste à voir s’ils en tireront des enseignements.



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