une autre époque, d’autres réponses en France

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Au centre de l’actualité et de l’attention depuis plusieurs mois, le Covid-19 n’est pas la première pandémie de l’ère moderne. Dans l’histoire des crises sanitaires depuis la seconde moitié du XXe siècle, la France a déjà été frappée par deux pandémies de grippe, dans les années 1950 et 1960. Retour sur ces épisodes méconnus avec Frédéric Vagneron, historien de la médecine et des maladies infectieuses.

Coronavirus, Covid-19 … En raison de son lourd tribut humain et de ses conséquences socio-économiques, la pandémie actuelle, qui a fait plus de 258 000 morts dans le monde et contraint plus de la moitié de la planète à se confiner, est au centre de l’attention internationale et les préoccupations des scientifiques.

Compte tenu de l’ampleur de la crise sanitaire actuelle, il y a un parallèle avec l’histoire récente des pandémies qui ont atteint la France. Quelques décennies après la grippe mortelle espagnole de 1918-1919, deux pandémies ont fait rage dans le monde dans la seconde moitié du XXe siècle: la grippe asiatique de 1957-1958, suivie de la grippe de Hong Kong, en 1968-1969. Chacun, de type A, a fait entre 1 et 4 millions de morts, selon l’OMS. En France, malgré quelques dizaines de milliers de morts (le bilan est encore discuté par les historiens), ni les pouvoirs publics ni les médias n’ont fait beaucoup de bruit à l’époque.

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N’ayant conduit ni à la paralysie de l’économie nationale, ni à des mesures d’endiguement, ils restent aujourd’hui peu connus et oubliés. S’il est difficile de comparer deux périodes très différentes, non seulement faute de couverture médiatique et du rôle actuel des réseaux sociaux, on peut expliquer les différences de perception et l’écart entre les mesures prises à l’époque et celles conçues aujourd’hui pour contrer le Covid-19.

France 24 a interviewé Frédéric Vagneron, historien de la médecine et des maladies infectieuses et chercheur attaché au Centre Alexandre-Koyré (EHESS-CNRS).

France 24: Comment expliquez-vous la différence de perception entre les pandémies de grippe asiatique et hongkongaise, et celle du Covid-19?

Frédéric Vagneron : Il convient de rappeler que la grippe, qu’elle soit saisonnière ou pandémique, est une maladie qui a été historiquement très étudiée, notamment ses manifestations épidémiologiques et cliniques. Il existe des récits de pandémies de grippe et des descriptions de la maladie à partir du XVIIIe siècle, et la description clinique de la grippe et de ses divers effets respiratoires ou de certains symptômes caractéristiques tels que la dépression précoce est très bien connue. infection.

Les deux pandémies de grippe qui surviennent dans un intervalle de 10 ans, entre 1957-1958, puis 1968-1970, ont marqué les esprits. L’épisode de la grippe espagnole de 1918-1919 est resté dans les mémoires de la population et des médecins confrontés à cette catastrophe sanitaire majeure à la fin de la Première Guerre mondiale. En 1957, la grippe est perçue comme une «vieille» connaissance, avec des formes saisonnières souvent bénignes, mais c’est aussi une maladie que les scientifiques associent pour la première fois à la circulation de ses différents virus, une connaissance encore incertaine mais inconnue trois décennies plus tôt. .

Avec le Covid-19, nous sommes dans une situation radicalement différente: nous sommes confrontés à une maladie dont aucun médecin n’était au courant il y a six mois. Il y a donc toutes les inconnues d’une maladie à propagation rapide. Il faudra du temps pour décrire et stabiliser ses propres caractéristiques, y compris au fil du temps, dans les populations.

Comment percevez-vous l’écart entre les mesures prises à l’époque et celles prises pour freiner la propagation du Covid-19?

Même si des problèmes d’absentéisme sont apparus lors de ces pandémies, avec un ralentissement de la vie économique, ou une congestion des services hospitaliers, il est vrai qu’à l’époque le pays n’était pas arrêté comme aujourd’hui. D’un point de vue sanitaire, les mesures recommandées ne diffèrent pas fondamentalement de celles prononcées à la fin du XIXe siècle ou au début du XXe siècle, malgré les nouvelles connaissances virologiques.

Avec l’apparition de la grippe, nous savions à l’époque qu’il s’agissait d’une maladie très contagieuse, qu’il fallait éviter de sortir et faire attention à la convalescence. Il y avait encore des craintes de complications bactériennes. Les recommandations de santé publique publiées dans les rapports des débats de l’Académie de médecine, même si elles n’ont pas été mises en œuvre massivement, signalent par exemple l’intérêt de porter un masque. L’écart avec les mesures actuelles, y compris le confinement de la population, est certes important, mais cela ne signifie pas qu’il n’y avait pas de conscience du risque à l’époque. Par ailleurs, la pandémie de grippe de 1968-1969 a donné lieu à une mobilisation internationale orchestrée par l’OMS, qui avait mis en garde contre un nouveau virus, comme en 1957 et comme aujourd’hui.

Cependant, l’ère de ces pandémies et celle d’aujourd’hui sont bien distinctes. Dans les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale jusqu’aux années 1970 inclusivement, la confiance des pays occidentaux dans le progrès technique et scientifique est largement répandue, malgré des voix plus prudentes. Une certaine confiance qui se justifie par les avancées thérapeutiques avec la commercialisation de nouveaux médicaments, comme les antibiotiques contre les maladies infectieuses bactériennes, ou le développement de vaccinations grâce aux nouvelles techniques de biologie moléculaire et génétique. Les maladies auparavant omniprésentes comme la tuberculose appartiennent au passé. Jusqu’à l’apparition du VIH dans les années 80, les sociétés occidentales pensent qu’elles se sont débarrassées des grandes épidémies de maladies infectieuses ou qui sévissent encore dans les pays “en développement”.

L’étude de ces prétendues pandémies de grippe peut-elle aider à combattre Covid-19?

D’un point de vue médical et scientifique, les pandémies de grippe, causées par des virus en constante évolution, sont une sorte de modèle pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui. Le terme «vague», chez les épidémiologistes, est donc intimement lié à un phénomène de réapparition successive de l’épidémie au fil du temps lors de pandémies historiques, notamment celle de 1918-1919. Mais, comme tous les modèles, il a ses limites, et les médecins et chercheurs travaillant sur Covid-19 savent très bien que le comportement de ce nouveau coronavirus est irréductible à ce que nous savons sur les souches grippales.

Cependant, à partir de la fin des années 90, des politiques de préparation à une pandémie se sont développées au niveau international, des recommandations de l’OMS aux politiques nationales de préparation, et le modèle de menace adopté était très largement celui de la grippe pandémique. La pertinence de ces plans de préparation pose aujourd’hui la question: la focalisation sur le modèle grippal a-t-elle permis d’anticiper les défis imposés par le Covid-19? Dans ces plans, par exemple, il y a presque la certitude d’avoir un vaccin assez efficace même s’il nécessite du temps et des moyens techniques, logistiques et financiers considérables.

Ce schéma est remis en cause aujourd’hui par l’incertitude entourant la pandémie de Covid-19. Malgré l’identification et le séquençage rapides de ce virus, les chercheurs n’ont aucune expérience de traitement, malgré 70 ans d’expérience en vaccination antigrippale. Sans oublier qu’à partir des années 1990, d’autres outils pharmaceutiques ont été utilisés contre la grippe, comme des antiviraux spécifiques. Dans le cas de Covid-19, une nouvelle panoplie prophylactique et thérapeutique doit être recherchée et testée, y compris en testant l’efficacité des médicaments prescrits pour d’autres maladies.



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