Une pratique traditionnelle de régulation sociale – Le Sahel

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La parenté ou cousinage à plaisanterie se veut une pratique traditionnelle de régulation sociale résultant de certains évènements survenus entre deux (2), trois (3), quatre (4) ou même plusieurs groupes ethniques. Ces évènements peuvent être les mariages, les guerres ou tout autre fait marquant à partir duquel les familles ou les ethnies concernées concluent un pacte d’amitié, de fraternité et de solidarité éternelle. Ce pacte d’entente et de bon voisinage entraîne le respect mutuel et tout membre qui enfreindrait cet accord serait frappé de la punition de Dieu.

Ce sujet important pour la cohésion des liens socio-culturels dans notre pays  a d’ailleurs été abordé pendant le mois de février dans l’émission ‘’Opinions Plurielles’’ de la ‘’Voix du Sahel’’(ORTN). Il s’est agi  de voir  surtout comment faire pour  renforcer la parenté à plaisanteries. Dès l’annonce du sujet, les réactions ne se firent pas attendre. C’est ainsi que successivement, trois intervenants dont M. Adamou dit l’homme de Téra commencèrent à s’exprimer en ‘’fulfuldé’’ avant de continuer en français, langue utilisée pour conduire l’émission. Et voilà que, des Baarés (Maouris) et Béribéris crièrent en dénonçant l’accaparement et monopolisation de la seule ligne-par des Peulhs-permettant aux auditeurs de la ‘’Voix du Sahel’’ d’appeler afin d’intervenir par rapport au thème du jour. Bref, ces trois intervenants expliquèrent que la parenté à plaisanteries est un phénomène socio-culturel qui permet à plusieurs ethnies de vivre ensemble paisiblement et de coexister pacifiquement. Selon eux, ils pensent que pour bien la renforcer, il serait intéressant de l’inscrire au programme dès l’école primaire et aussi au secondaire.

M. Djibo Maiga Idrissa, un autre intervenant pense aussi qu’il est important d’inscrire la parenté à plaisanteries à l’école et de la maintenir jusqu’à l’Université pour que la jeunesse l’assimile bien afin de l’utiliser dans le vécu quotidien. Selon lui, cela peut prévenir d’éventuels troubles et autres actes fâcheux.

Pour M. Mahamadou Moussa, les différentes ethnies se sont mariées entre elles ; ce qui fait que d’office, un lien d’alliance et de parenté se crée et les mène de ce fait à vivre en parfaite symbiose. Il a précisé qu’en plus de cette alliance, la parenté à plaisanteries  intervient pour permettre à toutes ces ethnies de vivre en parfaite harmonie tout en réglant à l’amiable tout problème qui survient dans la communauté.

Dans son intervention au cours de l’émission, Maître Mari Mallam Daouda, Cadre du Ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Culture à la retraite, a expliqué que la parenté à plaisanteries est une sorte de cousinage de personnes appartenant à telle ou telle ethnie ou bien à telle ou telle autre ethnie et qui, par des relations, s’entretiennent à la suite d’événements qui finiront toujours par faire rire les deux parties ou mieux les ethnies en question. Dès qu’on dit parenté à plaisanterie, un constat s’impose : c’est que la communauté vit et évolue en dehors des conflits et autres problèmes de ce genre qu’elle a déjà réglé auparavant, a rappelé Maître Mari Mallam Daouda.

Il a rappelé que la parenté à plaisanteries a débuté  par des mésententes tribales, des conflits de générations et des conflits de guerre autrefois.  Par exemple, quand deux tribus entrent en conflit, il s’avère probablement que l’une va dominer l’autre suite à une victoire et après, ils vont se dire : «  nous avons fini de nous battre, nous avons assez enterré des morts et bien nous allons cultiver la paix entre nous et cela peut devenir maintenant une forme de parenté à plaisanterie. » Si  nous remontons dans le temps (1991), a-t-il ajouté, nous pouvons parler du cas du drame de Todda (Région de Maradi) qui est un conflit entre communautés vivant dans un même territoire et cela pouvait déboucher aussi à une forme de parenté à plaisanterie.

Maître Mari indique qu’il y a aussi la parenté à plaisanterie entre des enfants issus d’une même famille, c’est-à-dire quand toi, tu as une fille ou un fils alors que toi et moi nous sommes des frères (grand frère et petite sœur), donc nos enfants sont des cousins germains et entre eux, il y a ce qu’on appelle une parenté à plaisanterie : les cousins peuvent blaguer entre eux.

Selon lui, la parenté à plaisanterie peut aussi déboucher sur une vie dans un même territoire. Prenant par exemple une, deux, trois régions à cause de la proximité de vie, au Niger, grâce au mariage et à la religion, l’on peut aboutir à une  parenté à plaisanterie. En somme, « la parenté à plaisanterie est un facteur de développement dans un pays. Si l’on devait organiser des événements tels que le festival, les rencontres annuelles de la culture, l’on devrait inclure la parenté à plaisanterie », a affirmé Maître Mari Mallam Daouda avant d’ajouter qu’il serait intéressant de ramener le festival de la parenté à plaisanteries. D’après lui, la parenté à plaisanterie est l’une de notre grande et importante richesse.  « Si l’élevage, la santé, l’éducation sont des richesses pour le Niger, on peut dire que la  parenté à plaisanterie est une richesse pour notre pays et cela est prouvé à tous les niveaux », a affirmé Maître Mari avant de souligner que c’est la parenté à plaisanterie qui se veut être un phénomène de régulation sociale qui fait en général que le Niger soit en paix.

Quant à la fête de la Concorde fêtée le 24 avril de chaque année et instituée par feu le Président Ibrahim Mainassara Baré, devait-il ajouter, elle est une sorte de creuset et de renforcement de l’unité nationale tant prônée par les différents régimes qui se sont succédé au Niger. «Ce que nous demandons, c’est que nos valeurs ancestrales soient développées et renforcées davantage ; il y a déjà renaissance II, nous voulons que celui que Dieu amènera au pouvoir renforce la renaissance II pour que ça devienne renaissance III et sinon pourquoi pas renaissance IV », a suggéré Maître Mari Mallam Daouda.   Il a dans le même cadre salué et encouragé l’initiative de l’Honorable Chef de Canton de Dioundiou :  Sa Majesté  Harouna Hambali a fait de Yaji Dogo le Chef Traditionnel de la Culture,  de Nourou Ouallam le Chef Traditionnel de la Parenté à Plaisanterie et de Djinguiri Lompo le Chef Traditionnel de la Paix. La parenté à plaisanterie est une bonne chose à encourager, développer et/ou mettre des moyens pour que les enfants allant à l’école sachent ce qu’est la parenté à plaisanterie. Mais pour commencer, il faut  selon lui que le Ministère de la Renaissance Culturelle adopte cela en Conseil des Ministres afin que la parenté à plaisanterie soit instituée dans nos écoles de formation telle que l’INJS. Maître Mari pense aussi que le Ministère chargé du système éducatif doit introduire le conte au programme et il doit également ramener le châtiment corporel. Dans le conte par exemple, un enseignant bien formé  peut bien dans son cours de conte, parler de la parenté à plaisanterie (exemple : l’hyène est sotte, on dirait un maouri). Pour développer la parenté à plaisanterie, il faut passer par une politique très forte que celle que nous vivons aujourd’hui, a conclu Maître Mari Mallam Daouda.

Les autres  intervenants, à savoir Ibrahim Adamou, Zakou Sankié Maikifi, Dan Mataouallé, Goga et Moumouni Mamane Sani ont abondé dans le même sens en  exprimant le vœu de voir la parenté ou cousinage à plaisanterie inscrit au programme de l’école primaire jusqu’à l’université.

Par  Zeinabou Gaoh(onep) et Chérifatou Adamou Dourbi



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